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Violences policières en Guinée : des victimes témoignent

En Europe et dans certains pays d’outre atlantique, le 15 Mars de chaque année est consacré à la célébration de la journée internationale de lutte contre les violences policières. En Guinée, cette journée est très peu connue et sa célébration n’est pas en mise en valeur. Cependant, le comportement des policiers à l’égard des citoyens, est loin d’être irréprochable.

Les brutalités policières sont manifestes et la plus part des victimes évitent de porter plainte par peur de représailles ou parce qu’ils n’ont pas foi à la justice, a appris un journaliste de Guineematin.com.

Dans la capitale Conakry, les violences policières sont surtout observées à l’occasion des manifestations politiques ou sociales. Lors des opérations de maintien de l’ordre public, les policiers sont souvent accusés d’usage excessif de la force.

Sur l’axe Cosa-Hamdallaye (les quartiers chauds lors manifestations), il n’est pas rare d’entendre des citoyens se plaindre des « excès » des forces de l’ordre. « Les policiers se sont introduits dans notre cour pour renverser nos marmites qui étaient au feu. Ils ont cassé les vitres de mon véhicule. Ils ont frappé mon vieux père. Les policiers ont jeté des cailloux sur nos fenêtres », entend-on dans les témoignages après chaque manifestation.

A l’occasion de la journée internationale de lutte contre les violences policières, ce Vendredi 15 Mars 2019, Guineematin.com est allé à la rencontre de certaines victimes de brutalités policières. Elhadj Amadou Tely Barry est un jeune étudiant. Il a pris une balle lors d’une manifestation d’élèves à Bambeto, alors qu’il était tranquillement assis derrière la concession familiale.

« Tout s’est passé très vite. Il y avait des jets de pierres entre des policiers et des jeunes au carrefour de Bambeto. Nous, on était ici (derrière leur cour), tranquillement assis, quand les agents ont commencé de tirer du gaz lacrymogène. C’est en ce moment aussi qu’on a tiré une balle qui m’a atteint.

On m’a immédiatement évacué à l’hôpital mère et enfant, puis à l’hôpital sino-guinéen de Kipé. Mais, le même jour, un autre jeune avait reçu une balle et un second a été intentionnellement fauché par un pick-up de la police », a-t-il expliqué.

Dans ce quartier (Bambeto) où les manifestations politiques ou sociales dégénèrent souvent, Elhadj Amadou Tely Barry indique que les populations sont traumatisées à l’effet de voir les agents des forces de l’ordre.

« Vous savez que les femmes ne peuvent pas courir. Et, quand il y a des manifestations, les jeunes viennent s’arrêter derrière la cour des gens. Quand ça dégénère, les jeunes s’en fuient dans le quartier. Les policiers les pourchassent, mais comme les jeunes sont très habiles, ils s’échappent toujours. Très énervés, les policiers jettent du gaz lacrymogènes dans les cours. Cela affecte beaucoup les femmes et les enfants.

Et, quand le calme revient, si tu n’as ta carte d’identité, en passant, on te bastonne, on prend tes téléphones et tout ce tu as dans tes poches. Et, si personne n’intervient pour toi, ils (les agents) te mettent dans leur pick-up… Ici, les gens sont traumatisés. Parce qu’en dehors des manifestations, ce sont les agents de la BAC (Brigade Anti-Criminalité) qui brigandent souvent les gens ici », a expliqué ce jeune étudiant.

De son côté, monsieur Mamadou Alpha Diallo vit encore avec les séquelles d’une violence policière dont il a été victime au cours de l’année 2015. C’était à l’occasion d’une manifestation de l’opposition guinéenne.

« J’ai été victime de part et d’autre. A chaque fois qu’il y a affrontement entre les jeunes et les policiers, ces derniers viennent faire des exactions à la maison. Ils cassent nos biens, ils blessent nos parents, ils frappent nos mamans et ils cassent tout ce qu’ils trouvent dans la concession…

Personnellement, c’est le 08 Février 2015, au lendemain d’un meeting de l’opposition, il y a eu une manifestation ici (à Bambeto). Je suis revenu du service et j’ai trouvé que les policiers étaient en lutte avec des jeunes. J’ai quand même réussit à entrer dans ma concession. Mais, quelques instants après, j’ai entendu ma maman pleurer. Quand je suis allé me renseigner, j’ai trouvé que les policiers ont cassé les fenêtres de la maison.

Ils ont détruit tout ce qui était dans la cour. Je suis resté là à consoler ma maman quand un agent, muni d’un lance grenade, est venu derrière moi. Il a voulu me cogner sur la nuque, mais heureusement pour moi, j’ai tourné la tête et j’ai envoyé le bras. J’ai eu une fracture fragmentée et luxation très importante… J’ai fait une intervention chirurgicale et un traitement à l’indigénat, mais jusqu’à présent, je ne peux pas me laver le visage avec ce bras là. Je vis encore avec cette infirmité…

Après moi, les policiers sont venus trouver mon père qui est âgé de plus de 80 ans, ils l’ont cogné avec une pierre sur la tête. Difficilement on a pu maîtriser le sang. C’est la poudre de café qu’on a utilisé, parce qu’on ne pouvait pas sortir. Ils ont aussi frappé mon jeune frère. Ce dernier a fait deux à trois mois avant de pouvoir s’asseoir…», a-t-il expliqué tout en précisant que les policiers profèrent des injures et des menaces de mort à chaque fois qu’ils interviennent à Bambeto.

A l’image de nos deux précédents interlocuteurs, nombreux sont les citoyens qui se plaignent de brutalités policières à Conakry. Cependant, pour des raisons justifiées ou non, la plus part des victimes ne portent pas plainte contre les auteurs présumés (policiers) des actes de violences. Certains craignent des représailles alors que d’autres ne font tout simplement pas confiance à la justice.

Mais, en ce qui le concerne, monsieur Mamadou Alpha Diallo dit avoir tenté vainement une action en justice. « Je suis allé à l’escadron de Hamdallaye, ils ont dit y a beaucoup d’agents là-bas. Donc, ils ne savent pas qui est l’auteur de mon agression. J’ai porté plainte contre X, mais comme il y a des gens qui sont en train d’être tués et rien n’est fait. Donc, celui qui a une fracture peut s’estimer heureux », a-t-il conclu.

 

guineematin

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