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Kindia : Abdoulaye Bah dévoile sa stratégie pour reconquérir la mairie (interview)

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Trois mois après l’élection contestée de Mamadouba Bangoura à la tête de la mairie de Kindia, le candidat de l’UFDG dans cette commune ne s’avoue toujours pas vaincu. Abdoulaye Bah, qui devait être le maire de Kindia (selon l’accord politique signé le 08 août 2018 qui était sensé sortir la Guinée de la crise post électorale) entend relancer la machine de la contestation pour « récupérer ce qui lui a été volé ». L’opposant l’a annoncé au cours d’une interview qu’il a accordée à Guineematin.com, évoquant aussi la stratégie qu’il compte mettre en œuvre pour se faire entendre.

Décryptage !

Guineematin.com : cela fait trois mois depuis que le doyen Mamadouba Bangoura a été élu maire de Kindia, même si vous contestez son élection. Dites-nous, c’est quoi l’actualité politique aujourd’hui à Kindia ?

Abdoulaye Bah : l’actualité politique à Kindia se résume cette fois-ci par les conséquences de cette mascarade électorale qui a eu lieu le 15 octobre 2018. L’équipe politique qui a été parachutée n’est pas en harmonie. Le soi-disant maire, Mamadouba Bangoura, est couché à la maison, le bureau est fermé et ça se comprend, c’est un papa de 89 ans qu’on a manipulé, emballé dans une entreprise qu’il ne peut pas contrôler. Les 5 faux vices maires ne sont pas en harmonie puisqu’à chaque fois qu’ils se rencontrent, c’est des disputes et des insultes. La raison est simple, c’est des gens qu’on a ramassé, rassemblé pour construire une équipe politique alors qu’ils n’étaient même pas dans le même parti politique, ils n’ont pas la même vision.

Conséquence ? L’administration communale est complètement paralysée. Bien évidemment, il y a des démissions, c’est celle du chef financier, monsieur Kaba Oury Dioubaté, qui est parti parce qu’il a compris que cette commune est complètement finie. Le reste des cadres ne vient pas parce qu’ils ne veulent être associés à l’image négative actuelle de Kindia. Donc, il n’y a pas de tête, il n’y a pas de travail et la population de Kindia a décidé de rejeter cette mairie qui n’émane pas de la volonté populaire. Puisqu’à Kindia, vous le savez, c’est l’UFDG qui a gagné haut la main. En plus, il y a eu les violences qui ont suivi l’installation, d’abord à l’intérieur de la commune puis à l’extérieur avec 95 boutiques pillées dont le contenu a été ramassé, plus de 100 personnes blessées à l’arme blanche, des arrestations, des véhicules caillassés, des maisons brisées et des motos brûlées.

Donc, Kindia est en deuil, Kindia est fâché, Kindia n’est pas content et également la population étant démocrate, a compris les principes de la légitimité populaire. Les ne peuvent pas supporter, accompagner et rester derrière une équipe qu’ils n’ont pas choisie et par conséquent, ils ne peuvent pas donner un rond à une équipe qu’ils n’ont pas choisie. Les taxes ne sont pas payées à Kindia. Personne ne paye à personne puisque la démocratie a été violée. Aujourd’hui, Kindia est malheureux, Kindia est abandonné, il est en déconfiture puisqu’il y a l’aspect physique de la préfecture. Cette ville qui était la plus propre de la Guinée, la circulation est anarchique, l’assainissement a été affecté, il y a des ordures partout et comme Conakry, on les brûle partout. Maintenant, il n’y a personne qui ramasse les ordures, il n’y a pas d’éboueurs, il n’y a pas de balayeuses, il n’y a pas de collecteurs. On a causé un tort immense à Kindia par le fait que ce gouvernement a décidé de voler la victoire d’un parti politique qui a gagné.

Guineematin.com : vous dites que le maire, Mamadouba Bangoura, est couché à la maison ; mais, récemment il a fait une sortie médiatique pour dire qu’il se porte à merveille et qu’il travaille avec une adhésion populaire à Kindia. Est-ce que vous ne pensez pas aujourd’hui qu’il faut tourner cette page de conquête de la mairie en acceptant d’aller travailler avec l’équipe mise en place pour le bonheur des populations ?

Abdoulaye Bah : non ! Nous ne pouvons pas, et ce n’est pas moi seulement, c’est Kindia. Si vous comprenez bien, c’est Kindia qui s’est levé contre cette fausse mairie. Lorsque les populations rejettent la mairie, elles ne viennent pas à la mairie. Les 46 chefs de quartiers et districts ne viennent pas à la mairie. Donc, les populations ne sont pas derrière cette fausse équipe. Bangoura a répondu à mes sorties médiatiques sur les conséquences catastrophiques du hold-up politique à Kindia. Evidemment, il donne l’impression que ça travaille alors qu’il ne fait rien, il est à la maison. Il est d’ailleurs à Foulaya chez son épouse et c’est là où il a reçu les médias qui ont relayé son interview. Une ville gouvernée se présente d’elle-même. Vous n’avez même pas besoin de parler, vous chef.

Dès que les gens viennent dans la ville, elle se montre. Ce n’est pas lui qui veut se défendre, c’est l’aspect de la ville à travers la population, l’assainissement, les activités politiques, économiques, culturelles et sociales. Ce qui n’est pas le cas. Je suis ici pour témoigner par rapport aux conséquences néfastes que ma ville, notre ville vit ; mais également la position responsable des populations de Kindia à refuser ce qui nous a été fait. Donc, ce n’est pas moi seul qui résiste ; mais, je suis aussi le porte-parole des sans voix. Puisque je suis l’acteur principal, celui qui a mené la liste de l’UFDG jusqu’à la victoire finale où on a obtenu 22.143 voix contrairement au RPG qui a eu difficilement 12.000 voix.

On a passé trois mois d’observation, parce qu’on travaillait sur cette période qui est pour nous très cruciale pour voir jusqu’où cette équipe illégale et illégitime qui a été installée en violation de la loi pouvait être capable de quelque chose. Mais, ils n’ont rien pu faire et ça prouve que Kindia est mature et mûr sur le plan politique parce que la démocratie met l’accent sur la légalité ; mais, aussi sur la légitimité qui est fondée sur la reconnaissance légale des populations vis-à-vis de cette mairie. Donc, monsieur Bangoura, alité à la maison, s’il dit qu’il gouverne, c’est dommage parce que ça ne reflète pas la vérité, ni la réalité.

Guineematin.com : nous avons appris que vous avez porté l’affaire devant la justice qui tarde à trancher. Dites-nous exactement où se situe le dossier ?

Abdoulaye Bah : le dossier n’a pas été touché. Il y a plus de deux semaines, notre avocat, maître Salif Béavogui, était à Kindia pour vérifier au niveau de la justice, la suite donnée à nos plaintes puisqu’il y en a plusieurs. Il y a une plainte politique sur la base de l’article 114 du Code des Collectivités qui dit que les contentieux qui naissent des élections communales sont réglés au niveau du tribunal de première instance du ressort. Nous sommes légalistes et républicains, nous respectons la loi. Et lorsque cette mascarade a eu lieu le 15 octobre, notre avocat a décidé automatiquement de porter plainte au niveau de la justice le 18 octobre 2018. Nous avons ici la copie de cette requête en annulation de l’élection du 15 octobre 2018 adressée à monsieur le président du tribunal de première instance de Kindia le 18 octobre 2018.

Jusqu’à présent, et c’est malheureux pour la Guinée, il se targue d’être un patron. Un juge qui refuse de juger une affaire politique, surtout pour laquelle il est chargé de juger par la loi. Donc, la requête est pendante, nous demandons expressément à monsieur Amady Cheick qui est le président du tribunal de première instance de Kindia d’examiner notre requête qui a été déposée dans le temps. Il avait trois jours pour examiner la requête et décider, nous sommes aujourd’hui à près d’une année après le dépôt de cette requête, rien n’est encore fait. Le juge doit juger puisque c’est son travail. Notre avocat est en déplacement ; mais, nous avons décidé que si dans quelques jours, monsieur Amady Cheick ne nous appelle pas pour trancher le dossier, nous allons porter plainte contre lui auprès du conseil supérieur de la magistrature qui est l’instance juridictionnelle compétente pour juger les magistrats qui dénient la justice.

Puisque ça, c’est un déni de justice, c’est un refus de juger. Or, le juge doit juger et dire le droit. Il est magistrat diplômé pour ça, il est formé et a été nommé pour ça. Donc, il n’a pas le droit de négliger la plainte d’un citoyen. Ça, c’est la première démarche qu’on va entamer contre monsieur Amady Cheick. La deuxième, il n’est pas exclu que nous saisissions, sur la base des conventions sous-régionales, la Cour de justice de la CEDEAO à Abuja (Nigéria). Vous savez, dans ces conventions sous-régionales, les droits politiques, civils, économiques et culturels des citoyens sont garantis. Et, la Guinée étant membre de cette communauté sous-régionale, a signé ces conventions. Si elle ne respecte pas, nous connaissons l’existence de cette convention, donc on va pouvoir aller se plaindre au niveau de cette juridiction pour violation des droits politiques et civils.

Je crois qu’à Kindia, sur la base de nos preuves, si le juge a le courage de juger, cette élection sera annulée parce qu’il y a eu beaucoup de violations. D’abord, on n’a pas été convoqué par une lettre d’invitation : la loi prévoit que le délégué national invite les conseillers élus par une lettre officielle. On a été invité que par la voix radiophonique. Ensuite, l’élection qui aurait dû se faire dans la salle de délibération de la commune a été déplacée dans la salle de prière. Enfin, la loi prévoit que l’élection soit affichée dans les 24 heures s’il y a élection. Malheureusement, il n’y en a pas eu.

Sans compter la violation de l’accord politique qui nous restituait d’emblée Kindia malgré les supputations, les avis et opinions non fondés parce que nous, on était sincères en signant cet accord. Nous avons tous ces éléments déposés devant le juge avec les avocats qui vont défendre et on va gagner sûrement à Kindia. A défaut, la Guinée risque d’être condamnée pour avoir violée les lois politiques, civiles, garantissant la Constitution guinéenne ; mais également par les conventions sous-régionales, notamment de la CEDEAO.

Guineematin.com : vous continuez toujours à vous battre pour la reconquête de cette maire ; mais, est-ce qu’au-delà de cette plainte, vous avez d’autres stratégies pour gagner cette bataille ?

Abdoulaye Bah : je ne peux pas dévoiler toutes les stratégies puisque nous sommes en politique. Vouloir le faire, c’est offrir le plateau à notre adversaire qui se demande qu’est-ce qu’on va faire. Ça, c’est sur le plan de la légalité. Et le juge de Kindia est en train de commettre une infraction. La stratégie qu’on a décidé de mettre en mouvement, c’est cette stratégie de communication après une période d’observation portant sur 3 mois (du 15 octobre jusqu’à la mi-janvier) qui a porté également sur les conséquences que j’ai décrites : la mairie en déconfiture, le maire alité, le conseil en débandade, l’administration communale rejetée carrément, même les naissances ne sont pas déclarées au niveau de cette maire, il y a eu recul au point que les populations ne veulent pas avoir un papier qui vient des mains des personnes qui ont été imposées à Kindia par la force, c’est le sommet de la résistance.

Il n’y a pas de déclarations de naissances comme avant parce que les gens estiment que cette mairie est la mairie de ceux qui ont utilisé les armes contre eux. Donc, notre stratégie est celle de la communication en vue d’informer qu’à Kindia, les gens ne sont pas prêts à accepter cela et ils n’accepteront jamais. La seconde stratégie qui est la suite logique de la communication, c’est de rappeler le juge à l’ordre pour qu’il bouge. A défaut, son syndicat, le conseil supérieur de la magistrature va devoir être saisi, il va le convoquer pour demander pourquoi il ne veut pas juger une affaire que relève de sa compétence. Troisièmement élément dans l’affaire judiciaire, c’est la justice de la CEDEAO parce qu’on ne peut pas aller à la Cour suprême du fait qu’on n’a pas un jugement.

Pour que la Cour suprême soit saisie, il faut qu’il y ait un jugement de première instance au cours duquel, il y aurait eu un appel et puis un pourvoi en cassation. Donc, à ce niveau on ne peut pas utiliser les voies de juridictions nationales ; mais, les voies supranationales, en l’occurrence la Cour de justice de la CEDEAO qui peut être saisie parce qu’elle est compétente lorsque les droits politiques, économiques, civils, sociales et culturels d’un citoyen de l’espace CEDEAO sont violés. Voilà pour le moment ce que nous menons comme stratégie, le reste viendra en fonction des résultats qu’on obtiendra de cette communication et du judiciaire.

Guineematin.com : sur le plan national, l’actualité est dominée aussi par le débat persistant autour d’un éventuel troisième mandat pour le Président Alpha Condé. De plus en plus de voix s’élèvent au sein de la mouvance présidentielle pour parler de la nécessité de revoir notre constitution pour permettre au chef de l’Etat de rester au pouvoir au-delà de 2020. Quel est votre regard sur la question ?

Abdoulaye Bah : ce n’est pas compliqué. Ceux qui font la promotion d’un 3ème mandat inexistant dans la constitution guinéenne ignorent qu’ils sont en Guinée et que la Guinée n’est pas un pays de désordre. C’est pays à respecter, à admirer, un pays dont les lois doivent être respectées. En Guinée, il n’y a pas un 3ème mandat, encore moins un 4ème mandat. Il y a 2 mandats qui sont prévus dans l’article 27 de la constitution guinéenne. Constitution qui a permis à monsieur Alpha Condé d’être Président, même si les élections de 2010 et de 2015 laissent à désirer. Bref, toujours est-il que c’est cette constitution qui a permis à monsieur Alpha Condé d’être au pouvoir et d’y rester. Et c’est sur cette constitution il a prêté serment de respecter et de faire respecter la constitution elle-même et les lois de la République. Ça, c’est des choses vis-à-vis desquelles on ne peut pas tenter autre chose.

Guineematin.com : mais vous savez que notre constitution actuelle a été élaborée par le Conseil National de la Transition (CNT) et elle n’avait pas été soumise au vote populaire quand même. N’est-ce pas là un argument solide pour les promoteurs d’une modification constitutionnelle ?

Abdoulaye Bah : alors, pourquoi attendre 8 ans ou 9 ans pour se lever et dire que cette constitution qui l’a aidé à être élu n’était pas bonne ? S’il était vraiment légaliste, préoccupé pour une constitution qui n’a pas fait objet du verdict populaire, il aurait, dès la première année ou la deuxième année, demandé aux populations de changer. Rien ne l’en empêchait ; mais, pourquoi attendre qu’il soit en fin de mandat pour toucher une constitution ? Cela donne à réfléchir. La pirogue qui vous a aidé à arriver sur l’autre rive ne doit pas être déclarée mauvaise. La femme que vous avez épousée en connaissance de cause et qui vous a fait des enfants, vous ne pouvez pas vous levez un bon matin pour dire que vous vous êtes trompé de femme.

D’ailleurs, ce n’est pas monsieur Alpha Condé qui le dit d’abord, il ne faut pas l’accuser. Ce sont les promoteurs du 3ème mandat inexistant. Je renvoie ces gens qui ignorent que la Guinée a une constitution à l’article 27 qui dit que le mandat présidentiel se limite à deux. Maintenant, les deux mandats font partie des éléments d’intangibilité prévus dans l’article 154 de la constitution qui dit que la Guinée est une République comme forme de l’Etat, on ne peut pas la prendre comme un royaume comme le Maroc ou comme un empire comme le Japon. La forme de l’Etat, de la République, on ne la change pas. Le caractère laïc de la Guinée est intouchable. Il n’y aura jamais en Guinée un Etat islamique ou un Etat catholique. Donc, il n’y a pas une religion d’Etat comme au Maroc ou en Algérie ou bien en Iran. Egalement, les deux mandats prévus à l’article 27 ne sont pas à toucher.

Tout guinéen qui devient Président n’a droit qu’à deux mandats parce qu’il est dit : en aucun cas, pour aucune raison quelconque, on ne peut toucher aux deux mandats. C’est parce qu’on veut donner la chance à d’autres guinéens ou guinéennes de devenir Président. Monsieur Alpha Condé n’est pas le seul fils de la Guinée à vouloir être le Président de la Guinée et servir la nation. Donc, ce mandat limité a une raison. Ce que les enfants du pays peuvent compétir pour arriver au sommet de la nation et servir. Personne ne peut se prévaloir d’être supérieur aux autres et considérer ceux-ci comme des inférieurs. Donc, l’affaire de 3ème mandat, c’est des gens qui parlent parce qu’ils ne savent pas qu’il y a un dispositif au sein de la constitution qui dit qu’il n’y a que deux mandats.

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