Fin du mandat des députés, grève du SLECG, gouvernance, nouvelle opposition, Dr Ousmane Kaba sans langue de bois

«… SI NOUS NE SOMMES PAS CAPABLES, NOUS-MÊMES, D’ENCOURAGER L’ALTERNANCE, NOUS N’AURONS PAS DE LEÇONS À DONNER À QUI QUE CE SOIT. IL FAUT QU’ON RENDE AU PEUPLE SON MANDAT. J’INVITE VRAIMENT TOUS LES HOMMES POLITIQUES GUINÉENS À ALLER DANS CE SENS ET NON DANS LE SENS DE LA PRÉSERVATION DE LEURS INTÉRÊTS PERSONNELS…»

Dans une interview accordée à Guineenews©, Dr Ousmane Kaba, le président du Parti des Démocrates pour l’Espoir -PADES- a accepté volontiers de s’exprimer sur les questions liées à la fin du mandat des députés, à la représentation des partis politiques à la Commission électorale nationale indépendante -Ceni- ainsi que sur la gouvernance économique actuelle. Ce n’est pas tout, cet enseignant et fondateur d’écoles privées, est aussi revenu sur la grève des enseignants et chercheurs de Guinée –SLECG- qui a paralysé durant trois mois le secteur de l’éducation en Guinée. Interview !

Guinéenews© : comment se porte le PADES et de quel bord se réclame-t-il?

Dr Ousmane Kaba : le PADES se porte très bien. Nous sommes en train de nous installer sur toute l’étendue du territoire national. D’ailleurs, la preuve, les dernières élections, lorsque nous avons eu l’autorisation à seulement dix jours avant la fin des dépôts des candidatures, nous avons pu avoir quatre-vingt-quatre conseillers repartis à travers l’ensemble du pays. Nous sommes déjà cinquième parti dans toute cette première élection. Malgré qu’on n’a pas eu de temps. Actuellement, on est en train de s’implanter partout et je pense que maintenant, le PADES se porte très bien.

Vous me demandez de quel bord politique je suis, je pense que le PADES est de l’opposition. C’est clair parce que nous ne partageons pas beaucoup de points de vue du gouvernement. Mais, nous ne sommes pas de l’opposition républicaine. D’ailleurs, nous sommes en train de créer une nouvelle opposition que nous allons baptiser l’opposition démocratique.

Guinéenews© : dans ce cadre, vous vous êtes réunis récemment, avec des responsables des partis politiques, au siège du PEDN de l’ancien Premier ministre Lansana Kouyaté. De quoi était-il question?

Dr Ousmane Kaba : c’est la naissance du nouveau bloc. On n’a pas encore fini. Nous sommes en train de discuter entre nous avec des partis qui ne sont ni de l’opposition républicaine mais aussi ni de la mouvance présidentielle. Mais nous serons de l’opposition démocratique.

Guinéenews© : quel est le but visé par cette opposition?

Dr Ousmane Kaba : encore une fois, le but, c’est de donner de l’espoir aux Guinéens pour que la bipolarisation de la vie politique publique cesse en Guinée et qu’ils ne disent pas qu’on a le choix entre le marteau et l’enclume (RPG et UFDG, ndlr). Donc, nous offrons un nouvel espoir aux Guinéens. Nous avons voulu que ce nouveau bloc soit diversifié et élargi à tous les Guinéens. C’est un bloc qui se veut inclusif afin que chaque Guinéen s’y retrouve. C’est pourquoi nous avons les partis politiques des quatre régions naturelles de la Guinée qui vont se retrouver. Cela est très important. Deuxièmement, nous pensons pouvoir peser sur la démocratie pour l’enraciner en Guinée. Troisièmement, nous pensons bâtir un lien de relation solide entre nous surtout lors des élections afin d’engranger le maximum de voix dans les urnes(…)

Guinéenews© : on pense déjà à une opposition entre des partis appartenant tous à l’opposition ?

Dr Ousmane Kaba : pas du tout ! L’opposition ne peut pas aller contre l’opposition. Toute opposition va contre le pouvoir. Soyons logiques-là. Le bloc n’est pas formé contre l’opposition républicaine. Ce n’a pas de sens. Je pense que c’est plutôt complémentaire.

Guinéenews© : nous avons appris que vous avez quitté l’Assemblée nationale. Qu’en est-il?

Dr Ousmane Kaba : écoutez! Je n’ai pas quitté l’Assemblée nationale. C’est le mandat de l’Assemblée nationale qui est arrivé à terme depuis le 13 janvier 2019. Il était prévisible, il était connu depuis cinq ans. Voilà! C’est le peuple qui nous a envoyés et nous devons rendre au peuple son mandat pour qu’il y ait de nouvelles élections et qu’il y ait une nouvelle législature. Nous ne sommes pas les seuls Guinéens. Si nous ne sommes pas capables nous-mêmes d’encourager l’alternance, nous n’aurons pas de leçons à donner à qui que ce soit. Bien sûr, moi, j’ai pris cette décision avant le décret du président de la République qui n’a modifié en rien mon attitude puisque nous ne sommes pas là-bas par décret. Nous y sommes parce que nous avons été élus par le peuple de Guinée. Moi, personnellement, j’ai été imposé par la population de Kankan à l’appareil du RPG qui ne voulait même pas que je sois député. Donc, je dois remercier la population de Kankan, les 24 villages du Batè. Donc, je dois remercier le peuple de Guinée. C’est par la volonté du peuple que nous y sommes. Et nous ne continuerons pas par la volonté d’un décret. En tout cas, en ce qui me concerne

Guinéenews© : quelle appréciation avez-vous alors de ce décret présidentiel prorogeant le mandat des députés? Est-ce une violation de la Constitution ou juste des manifestations d’une volonté d’un possible glissement électoral pour les prochaines échéances?

Dr Ousmane Kaba : à chacun de faire l’analyse à sa façon. Moi, ce que je sais, c’est que c’est un décret qui ne fixe aucune date limite à ce mandat prorogé des députés. Cela veut dire que la porte est ouverte pour qu’il y ait des élections avec un horizon indéfini. Donc, c »est clair pour tout le monde. C’est la raison pour laquelle avant même ce décret, nous avons dit de mettre un terme à notre activité au sein de la législature actuelle dont le mandat a pris fin le 13 janvier dernier. Il faut qu’on rende au peuple son mandat. Même s’il y a un vide institutionnel permettant au gouvernement de gérer par ordonnance, à mon avis, ce n’est pas tout exact. S’il y a un vide juridique, la Guinée devient infréquentable. La pression extérieure sera telle qu’on sera obligé de faire très rapidement les élections législatives. Parce qu’il n’y a aucun événement grave en Guinée qui puisse empêcher la tenue de ces législatives à bonne date. Nous ne sommes pas en guerre. Il n’y a pas de foudre ici chaque matin. Donc, il n’y a aucune raison pour qu’on ne fasse pas des élections. Parfois, on nous dit non, c’est parce qu’on a changé la Commission électorale nationale indépendante. Ce sont des histoires parce que l’ancienne Ceni aurait pu préparer les choses pour que la nouvelle Ceni puisse continuer. D’ailleurs pour la plupart, ce sont les mêmes personnes qui sont reconduites. Cela veut dire que ces arguments avancés ne sont pas si sérieux.

Guinéenews© : aujourd’hui, la CENI a une nouvelle équipe représentée par quatre partis politiques et des représentants de l’administration et de la société civile. Quelle lecture faites-vous de cette nouvelle configuration de cette institution?

Dr Ousmane Kaba : en ce qui concerne la représentation des partis, je n’ai pas de problèmes avec. Parce qu’il y a plus de 150 partis en Guinée. Donc, on prend les partis les plus importants. Quels sont les critères d’importance? Il a été dit qu’il faut avoir participé à deux élections. Donc, cela ne me choque pas du tout. C’est tout à fait normal. Le PADES ne répond à ce critère parce qu’il est né en 2017. Nous n’avons participé ni aux dernières élections législatives ni aux dernières élections présidentielles. Mais nous espérons que nous allons avoir un groupe parlementaire lors des prochaines élections législatives.

Par contre, ce qui j’ai déploré avec la nouvelle CENI, c’est le manque de prévisions contre les fraudes. Parce que nous estimons que ce sont les fraudes qui sont à la base de la crise post-électorale. Ce n’est pas l’inobservance des conclusions des accords politiques comme on le dit. Les accords politiques sont eux-mêmes une anomalie. Donc, il ne faut pas la cause pour la conséquence. Comme il n’y a pas de prévisions antifraudes, on s’est abstenu de voter cette loi. Parce que malheureusement, les partis n’étaient intéressés que par le nombre de places à la CENI. Ce qui est une mauvaise approche.

Guinéenews© : vous êtes un fondateur d’écoles privées. La Guinée vient de traverser trois mois de grève qui a paralysé tout le secteur éducatif. Comment avez-vous ressenti cela et quels impacts cela pourrait avoir sur l’avenir de l’éducation en Guinée ?

Dr Ousmane Kaba : écoutez! J’ai vécu cela très mal. Dès le départ, nous avons recommandé le dialogue mais c’est dommage que le gouvernement n’ait pas enclenché ce dialogue à temps. Nous n’aurions pas perdu trois mois dans la scolarité de nos jusqu’à menacer l’école d’année blanche. Bon, tout est bien qui finit bien. Il y a un effort, je m’en réjouis. Ce que je devrais dire, il ne faut pas que l’école devienne un sujet politisé en Guinée. Je n’accepte pas parce qu’on est en train de se jouer de l’avenir de notre pays. L’école est tellement importante pour l’avenir de notre pays… J’ai dit même ce matin (samedi 19 janvier, ndlr) que la Guinée ne va pas se développer avec la bauxite elle ne se développera qu’avec la bonne qualité des ressources humaines. D’où l’importance de l’éducation.

Guinéenews© : en tant qu’économiste, que pensez-vous de la gouvernance économique actuelle de notre pays? Y’a-t-il de bonnes perspectives ?

Dr Ousmane Kaba : la Guinée se porte mal sur le plan économique. Regardez le nombre de jeunes au chômage qui explose. C’est le premier indicateur et le plus important. Il y a trop de chômages en Guinée. L’une des raisons qui explique cela, c »est qu’il y a malheureusement une forte répression du secteur privé. Sur le plan des infrastructures, c’est vrai, il y a eu quelques progrès, mais ce n’est pas suffisant. Dans le domaine de l’électricité, on est en train de construire le deuxième gros barrage. Ce qui est une très bonne chose. Mais, malheureusement, il y a une bonne partie de la Guinée qui n’est pas du tout dans le plan d’électricité. Toute la Forêt, toute la Haute Guinée, plus de 60% de notre territoire ne connaissent pas de l’investissement dans ce domaine-là. Dans le domaine des routes, c’est plutôt une déception. Depuis huit ans, on n’a pas pu faire beaucoup de routes. On en a fait mais ce n’est pas suffisant. Dans le domaine de l’agriculture, il y a eu quelques actions timides mais je ne vois aucune révolution agricole et la Guinée est loin encore d’atteindre l’autosuffisance alimentaire.

Guinéenews© : lors du vote de la Loi des Finances 2019, vous avez affirmé que cette loi manque de « personnalité et de caractère ». Qu’est-ce que vous vouliez dire par là ?

Dr Ousmane Kaba : c’est parce que je ne vois aucune politique hardie dans un domaine précis qui soit porteuse de croissance et qui puisse résoudre le problème de chômage en Guinée. C’est pour cela que j’ai dit que la Loi des Finances 2019 manque de caractère. Je ne vois pas d’investissement massif dans les secteurs stratégiques. Je ne vois pas d’efforts résolus dans le domaine de lutte contre le chômage.

Guinéenews© : un mot sur ce qui n’a pas été dit ici…

Dr Ousmane Kaba : les Guinéens ne doivent pas désespérer et que le PADES est là pour apporter des solutions à la Guinée. Nous avons une adhésion massive de la jeunesse de la Guinée dans toutes les régions parce que les gens estiment que le projet de société du PADES offre une alternative crédible aux Guinéens. Je les invite à venir nous rejoindre dans notre combat pour d’abord renforcer l’ancrage de la démocratie dans notre pays. Regardez les premiers politiciens, ils ont au moins donné l’indépendance à la Guinée. Actuellement, nous, nous n’avons pas pu amorcer le développement économique de la Guinée. Ce pays n’a pas décollé. Au moins, ce qu’on peut faire, c’est approfondir la démocratie. Au moins, on peut faire cela en très peu de temps. Donc, j’invite vraiment tous les hommes politiques guinéens à aller dans ce sens et non dans le sens de la préservation de leurs intérêts personnels.

Interview réalisée par Amadou Kendessa Diallo pour Guinéenews©.

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