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Birmanie : un coup d’État organisé par l’armée, Aung San Suu Kyi arrêtée

L’armée birmane a organisé un coup d’État contre le gouvernement civil d’Aung San Suu Kyi. La dirigeante, Prix Nobel de la paix 1991, a été « arrêtée », a annoncé lundi 1er février à l’Agence France-Presse le porte-parole de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie. Le président de la République, Win Myint, ainsi que d’autres dirigeants politiques ont également été interpellés. Les militaires ont proclamé l’état d’urgence pour une période d’un an et nommé un général président par intérim.

Cette décision est nécessaire pour préserver la « stabilité » de l’État, ont-ils fait savoir dans une déclaration sur la chaîne de télévision de l’armée NAME. Ils ont accusé la commission électorale de ne pas avoir remédié aux « énormes irrégularités » qui ont eu lieu, selon eux, lors des législatives de novembre, remportées massivement par le parti d’Aung San Suu Kyi. « Nous mettrons en place une véritable démocratie multipartite », ont déclaré les militaires dans un communiqué publié sur leur page Facebook, ajoutant que le pouvoir sera transféré après « la tenue d’élections générales libres et équitables ».

La dirigeante birmane a exhorté la population à « ne pas accepter » ce putsch militaire, d’après une lettre diffusée sur les réseaux sociaux par son parti. Alors que les rumeurs de coup d’État se renforçaient dans le pays ces derniers jours, la cheffe de facto du gouvernement civil « a laissé ce message au peuple », a expliqué sur Facebook Win Htein, le président de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie. L’armée a proclamé l’état d’urgence pour un an et placé ses généraux aux principaux postes.

Les banques ont fermé

L’armée s’est également emparée lundi matin de l’hôtel de ville de Rangoun. Cinq camions militaires étaient déployés dans l’enceinte de la mairie et des soldats refoulaient les personnes à l’entrée, selon un journaliste de l’Agence France-Presse. L’accès à Internet était par ailleurs gravement perturbé dans le pays. « Les perturbations ont commencé lundi vers 3 heures du matin […] et sont susceptibles de limiter la couverture des événements » actuels, a mis en garde l’ONG Netblocks, spécialisée dans Internet.

Les communications téléphoniques, notamment vers et depuis Naypyidaw, sont aussi très perturbées, selon des journalistes de l’Agence France-Presse. Les banques en Birmanie ont été temporairement fermées peu après le coup d’État, a-t-on appris lundi auprès de l’Association des banques du pays. Elles ferment temporairement « à partir du 1er février » en raison des mauvaises connexions Internet, selon un communiqué de l’instance.

Les États-Unis menacent de réagir

Les États-Unis et l’Australie ont appelé l’armée birmane à libérer les dirigeants politiques. Marise Payne, la ministre australienne des Affaires étrangères, l’a accusée de « chercher une fois de plus à prendre le contrôle » du pays. Washington a menacé de réagir et enjoint à l’armée birmane de libérer « tous les responsables du gouvernement ainsi que les dirigeants de la société civile et à respecter la volonté du peuple ». L’Inde et Singapour ont fait part de leur « profonde » et « sérieuse inquiétude ». Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a de son côté condamné « fermement » les arrestations, tandis que le Conseil de sécurité devrait se réunir dans les prochains jours. Le président du Conseil européen, Charles Michel, a aussi condamné le coup d’État et demande que « le résultat des élections doit être respecté et le processus démocratique doit être rétabli » sur Twitter.

Les militaires dénonçaient depuis plusieurs semaines des fraudes lors des législatives de novembre, remportées massivement par la LND. Les arrestations interviennent alors que le Parlement issu des dernières législatives devait entamer sa première session dans quelques heures. Sous prétexte de la pandémie de coronavirus, les élections « n’ont pas été libres ni justes », avait assuré la semaine dernière lors d’une conférence de presse le porte-parole de l’armée, le major général Zaw Min Tun. Les militaires affirment avoir recensé des millions de cas de fraude, dont des milliers d’électeurs centenaires ou mineurs. Plus d’une dizaine d’ambassades, dont celle des États-Unis et la délégation de l’Union européenne, avaient exhorté vendredi la Birmanie à « adhérer aux normes démocratiques », rejoignant l’ONU dans un chœur d’inquiétudes internationales sur un possible coup d’État.

Le parti d’Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la paix 1991, très critiquée à l’international pour sa gestion de la crise des musulmans rohingyas mais toujours adulée par une majorité de la population, a remporté une victoire écrasante en novembre. Il s’agissait des deuxièmes élections générales depuis 2011, année de la dissolution de la junte qui a régné pendant un demi-siècle sur le pays. L’armée conserve toutefois un pouvoir très important, ayant la main sur trois ministères clés (l’Intérieur, la Défense et les Frontières).

Le Point